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La crise de la cupidité | Version imprimable |  Suggérer par mail
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le 31-10-2008 20:42
On a tous subi le même choc en même temps : quand les Bourses planétaires se sont littéralement effoirées, on a senti brièvement que Nostradamus s’était mis un doigt dans l’œil. La fin du monde n’allait pas être causée par une atroce guerre nucléaire, mais par la chute des riches de Wall Street. Fini le thé dans des tasses de porcelaine de la 3e dynastie des Ming, fini les encans chez Sotheby’s de Londres, finies les virées chez Parée!

Shocking my dear!
Ceci dit, la question se pose : comment après une ère de prospérité sans précédent en est-on arrivé là? Comment après 10 ans de croissance étourdissante, avec des 3% d’augmentation du PIB sur une base annuelle, des records de créations d’emploi, un prix du pétrole tellement bas qu’on s’est mis à fabriquer des bagnoles plus grosses qu’une maison, comment a-t-on plu piquer du nez à ce point et aussi rapidement? Bizarre, curieux, invraisemblable, n’est-ce pas? En fait, nous venons peut-être de trouver la preuve irréfutable que les phénomènes paranormaux existent!

Nostradamus peut aller se rhabiller. D’ailleurs, s’il m’avait tiré aux cartes dans un marché aux puces, je lui aurais demandé un remboursement.

Mais alors, que s’est-il passé ? Sommes-nous en présence simplement d’une fin de cycle normale ou de l’aboutissement d’un échec plus profond?

Se peut-il que la réponse à toutes ces questions soit purement spirituelle?

Oui.

En fait, cette crise, elle n’est pas économique. Elle est purement philosophique. Elle touche les valeurs fondamentales de la vie. Depuis au moins 10 ans, nous avons tous perdus le sens des valeurs. Nous avons consommé comme des bêtes affamés, peu importe que nous ayons l’argent ou non.

Nous avons acheté maintenant pour payer plus tard. Nous avons acheté des maisons sans le capital minimum nécessaire avec des hypothèques déraisonnables. Pas de souci, la ruée des acheteurs va faire son travail et la valeur de la maison aura vite fait de grimper en un an seulement!

Nous avons acheté des véhicules utilitaires monstres, des patentes à gosses dignes de l’exploration de la forêt vierge avec des réservoirs d’essence qui peuvent alimenter une pompe de station service. Pas grave, l’essence était pas chère pas chère.

Kyoto ? C’est pour les américains pas fins qui ne respectent rien, pour les chinois pantois avec le charbon qui pollue ou encore pour les Albertains mesquins qui menacent l’environnement.

Bien sûr, le fait que nous achetions des véhicules immenses, que nous ayons 2,3 voitures par ménage sans compter le VTT de fiston, la mobylette de fillette et le seadoo pour le temps doux n’a rien à voir avec la pollution.

Des ours polaires ont beau menacer un jour de se pointer à Montréal sur leur banquise à cause du réchauffement climatique, nous, comme consommateurs, n’avons rien à voir là-dedans. Après tout, ce sont les pétrolières, les méchantes, qui nous forcent à consommer l’essence. Comment boucler un budget avec un prix aussi élevé le litre ? Une honnête famille de la classe moyenne ne peut même plus se payer le minimum de trois voitures! C’est une honte! Vive la révolution du peuple par le peuple. Marx, reviens vite!

Mais l’occasion était belle : enfin, nous avions trouvé la pierre philosophale, le Saint-Graal. Enfin, l’économie de marché fonctionnait à merveille. La philosophie de croissance pour la croissance faisait ses preuves. Avec des taux d’intérêt tellement bas qu’on a craint la déflation pendant un moment, on s’est fait offrir le bonheur maintenant avec paiement différés.

Qui s’est véritablement soucié de l’excès dans lequel nous étions ? Qui s’est volontairement privé d’une deuxième voiture « essentielle » ne serait-ce que pour éviter de contribuer à la dégradation climatologique?

Qui a refusé une hypothèque déraisonnable, une marge de crédit avec paiements faciles, une troisième carte de crédit pour « vous féliciter de votre bon dossier »?

S’est-on interrogé durant toutes ces années sur la gargantuesque consommation obsessive dans laquelle nous étions les grands complices?

De leur côté, emportés par le tourbillon cupide, les banques ont prêté, prêté, prêté et encore prêté. Tellement, qu’ils en ont prix de sérieux risques. Vingt fois, trente fois ce qu’ils avaient en capital, l’occasion était trop belle. L’augmentation des prix des maisons ferait bien son œuvre. Tout cela avec vos fonds de retraite, votre petit portefeuille ou encore les régimes de retraite publics ou privés.  Et, pendant ce temps, les dirigeants de banques encaisseraient de généreux bonis de plusieurs millions pour des profits exceptionnels. Des profits qui étaient en fait des pertes à venir.

En gros, c’est ça qu’on appelle la crise des « subprimes » ou la crise du crédit hypothécaire. On comptait sur ce que l’on appelle l’effet de levier, c’est-à-dire que même si vous disposiez de seulement 1000 $ pour acheter une maison de 250 000 $, l’augmentation de sa valeur à 300 000 $ en un an vous donne un gain de capital de 50 000 $. Bien entendu, c’était sans compter sur l’inévitable débandade du marché. Tôt ou tard, ce qui monte doit redescendre. Et, fatalement, nous allions atteindre le sommet pour redescendre en vrille. Ce qui est arrivé en septembre.




Maintenant que nous y sommes, que nous reste-t-il de nos maisons, voitures, voyages ou chalet, tous à crédit ? Tout ce temps que nous consommions à s’en donner une indigestion, avons-nous trouvé le bonheur? La quintessence de la vie? L’ultime plénitude de la vie ?

Bref, aurions-nous pu éviter cette crise ?

Oui.

L’a-t-on voulu ?

Non.

Achetez le bonheur maintenant, payez plus tard ?

Voici venu le temps des versements…

Michel Gailloux
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